Prédictions revisite les mythes de l'origine à la fin du monde

Publié le par Summer Ice

Décodant une mystérieuse liste de chiffres laissée par une petite fille cinquante ans plus tôt annonçant avec exactitude tous les accidents dévastateurs survenus en cinq décennies, un astrophysicien découvre que la liste arrive à son terme par la prédiction d’une apocalypse imminente. Le contre-la-montre pour comprendre et réagir s’enclenche ! Le film d’Alex Proyas (l'excellent I, Robot avec Will Smith) est-il aussi bon que nous pouvons le prédire à la lecture du scénario ?


Il est effectivement important de s'attarder un peu sur le scénario, qui est l'un des intérêts du film. Tout débute en 1959, dans l’école primaire William Dawes à Lexington dans le Massachusetts. Pour fêter l’inauguration de l’école, les enfants sont amenés à illustrer leur vision de l’avenir. Les lettres et dessins de chacun seront enfermés dans une capsule temporelle qui ne devra être ouverte qu’en 2009, lors du cinquantenaire de l’école. Une mystérieuse petite fille nommée Lucinda Embry griffonne frénétiquement une suite incohérente de chiffres. Cinquante ans plus tard, le jeune Caleb Koestler reçoit l’intriguant message de Lucinda. Son père est un astrophysicien professeur au MIT, John Koestler (Nicolas Cage). La liste cryptée l’interpelle et il en déchiffre rapidement des bribes. Certaines suites de nombres correspondent aux dates de toutes les catastrophes humaines et naturelles des cinquante dernières années et au nombre de victimes de chaque accident. Sa rationalité scientifique met en doute ce qui pourrait simplement être une troublante coïncidence. Pourtant la liste ne se trompe pas au sujet de la tragégie qui survient dans les jours suivants : 81 morts. La liste aurait-elle pu permettre à John d’éviter l’incendie qui a coûté la vie à la mère de Caleb l’année précédente ? Se pourrait-il que les défenseurs de la thèse du déterminisme comme organisation du cosmos aient raison sur la théorie du hasard et donc que l'on puisse prédire le futur ?

L’histoire prend alors une autre tournure : Caleb, qui porte habituellement un appareil auditif, entend les murmures télépathiques de mystérieux individus qui l’attirent irrésistiblement à eux, mais ne semblent pas lui vouloir de mal. John se retrouve par hasard sur le lieu de l’accident suivant : un crash d’avion. Il comprend que les chiffres qu’il ne parvenait pas à déchiffrer indiquent les coordonnées précises des catastrophes. Le rythme s’accélère : le prochain accident aura lieu en plein New York. John ne parvient toutefois pas à empêcher le déraillement d’un métro de Manhattan. Connaître la date et le lieu ne suffit pas ; il est peut-être impossible d’empêcher le cours des choses. Pour confirmer ses thèses, John rencontre Diana Wayland (Rose Byrne), la fille de la défunte Lucinda Embry. Caleb se lie d’amité avec Abby, la fille de Diana. La prochaine date correspond au jour pour lequel Lucinda avait prédit la mort de Diana. Il ne reste à John et Diana que quelques heures pour comprendre. Comprendre que le symbole « 33 » qui clôt la liste de nombres signifie en réalité l'inverse de « EE », c’est-à-dire « Everyone Else », donc la mort simultanée de l’humanité toute entière. Comprendre le sens des petites pierres noires qui se trouvent sur chaque lieu important de l’intrigue. Comprendre qui sont ces mystérieux étrangers qui inspirent des visions cauchemardesques à Caleb. Comprendre que la fin du monde viendra d’une gigantesque éruption solaire, d’une ampleur inconnue jusqu’alors, qui détruira l’atmosphère et brûlera toute forme de vie.


La fin métaphysique de l’histoire divise les spectateurs : ridicule pour les uns, originale pour les autres. Il faut reconnaître qu’elle pousse très loin la parabole biblique. Tout d'abord, la vie humaine semble prédéterminée et il est impossible de lutter contre son destin comme le montre la mort inévitable de Diana. Les étrangers sont en réalité des extra-terrestres venus reproduire une Arche de Noé qui sauvera Caleb et Abby. La scène finale les montre d’ailleurs tous les deux sur une autre planète, courrant dans les blés d’or vers un arbre massif, comme de nouveaux Adam et Eve à l’approche du fruit défendu. Néanmoins, le film laisse plus de place à l’interprétation que certains ne le pensent. John se montre très sceptique et, malgré un père pasteur, il s’est éloigné de la Foi après le décès de sa femme ; il analyse toute l'intrigue avec un discours de scientifique, bien loin du prosélytisme. Ensuite, les scènes finales nous montrent plusieurs capsules spatiales comme celle de Caleb et Abby qui décollent de toute la Terre : ce point est un défaut curieux car pendant tout le film, l’action est focalisée sur un seul groupe de personnes, mais si d’autres vivent la même chose ailleurs sur Terre, la première partie du film autour des prédictions de Lucinda perd un peu de son unicité et donc de son intérêt.

Le film est vraiment découpé en deux parties : la première est un thriller scientifique assez bien mené, la deuxième vire dans la science-fiction pure. Certains spectateurs n’ont pas apprécié ce changement. Je trouve au contraire qu’il apporte un certain intérêt, qu'il faut rapporter à l’évolution du genre des films catastrophe. Habituellement, la Terre est menacée et les Etats-Unis,(ou au moins certains Américains) finissent par sauver le monde grâce à leur puissance militaire ou leurs valeurs. Ici, la situation est différente, car seuls Caleb, Abby et les autres « élus » survivent ; tous les autres humains sont balayés par le vent de chaleur provoqué par l’éruption solaire. Peu avant la destruction finale, les hommes montrent leur barbarie dès qu’un élément imprévu apporte un peu de chaos dans leurs vies bien organisées. Le traitement de ces questions est par exemple plus profond que dans le récent Le Jour où la Terre s’arrêtera, qui pêchait par son classicisme avec des extra-terrestres finalement pris de pitié par la faiblesse de la race humaine, heureusement sauvée par ses bons sentiments.

Le crash de l'avion. Une scène qui fera date.

Le parallèle entre Prédictions et les récents films de science-fiction qui traitent des thèmes assez similaires ne s’arrête pas là : on remarque aussi une convergence des univers graphiques avec des images sombres et la disparition du gigantisme des situations. Visuellement, le film d’Alex Proyas fait néanmoins une démonstration ahurissante. On pensait avoir tout vu au niveau des effets spéciaux, mais Prédictions repousse certaines limites. L’accident de métro, puis la vague de chaleur finale valent déjà le détour, mais le crash aérien est la scène la plus impressionnante. Dans la boue et sous la pluie, John Koesler se retrouve à quelques mètres de l’avion en flammes. Il court, poursuivi caméra à l’épaule par le spectateur, à la recherche de survivants au milieu des décombres de l’appareil, qui explosent à leur tour. Le réalisme de cette longue scène de près de deux minutes est saisissant. De manière générale, l’ambiance visuelle et sonore est d'ailleurs très bien rendue et la réussite technique est incontestable.


Critiquable sur certains points, Prédictions mérite d’être vu pour la performance technique et, je le pense, pour son scénario qui tient le spectateur en haleine et offre quelques brillants rebondissements. La fin du film divisera, mais le film d’Alex Proyas possède de nombreuses qualités et conserve quelques bonnes idées.
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