Animal’z, croquis d’une future humanité à la dérive.
Enki Bilal est de retour avec un album one-shot de 100 pages aux teintes sombres dans un univers apocalyptique où les humains ont recours à des mutations pour acquérir les capacités animales nécessaires à leur survie. Nouvel album, nouveau succès ?

Animal’z vaut avant tout par son univers, qui marque le lecteur dès le premier regard. De grandes pages comprenant un nombre limité de cases, un arrière-plan bleu-gris glacé qui fige ce monde désolé. Quelques traits rouge orangé sur les visages de certains personnages et leurs assistants robotiques imposent le contraste avec le décor dans lequel ils évoluent. Enki Bilal a opté pour un dessin au fusain noir traité avec des pastels gras, et son coup de crayon offre à Animal’z une unité graphique très réussie. On peut citer d’emblée les deux duellistes philosophes comme les deux personnages les plus charismatiques de l’ouvrage, alors qu’ils évoluent en parallèle de l’histoire principale. Leur course poursuite sans relâche sur des croisements de chevaux et de zèbres, jalonnée de citations philosophiques pour illustrer chacune de leurs pensées apporte une touche d’absurde à Animal’z, jusqu’à l’affrontement final au pistolet.
Le graphisme d'Enki Bilal s'exprime dès les premières planches.
Enki Bilal nous propulse dans un futur indéterminé. Seul repère temporel : le Coup de Sang. Une catastrophe climatique globale qui a ravagé la planète suite aux dérèglements causés par l’Homme. Le niveau des mers a monté, la fonte inexorable de la banquise a continué, l’eau potable s’est raréfiée, tout comme l’air pur. Beaucoup d’hommes sont morts. Ceux qui ont survécu doivent lutter pour atteindre les dernières terres habitables. Le Détroit D17 est un des passages vers ces oasis de survie. L’humanité doit s’adapter à son nouvel environnement hostile. Ferdinand Owles est le généticien dévoyé qui a découvert les mutations animales qui permettent aux hommes et femmes qui en ont les moyens de recourir à l’hybridation. Il a notamment combiné le génome humain avec celui du dauphin pour que l’homme puisse se déplacer dans l’eau. La quête de ces personnages, hybrides ou non, rappelle la longue marche désespérée des deux protagonistes de La Route de Cormac McCarthy.
"L'homme est une corde tendue entre l'animal et le surhumain.
Une corde par dessus un abîme." (Nietzsche)
Enki Bilal a choisi d’esquisser ses personnages, sans rentrer dans de trop longues descriptions de leur origine et de leurs objectifs. L’émotion qu’ils véhiculent compte finalement plus que le sens de leur destinée, évoquée furtivement. La seule motivation de ces êtres déboussolés semble être la survie. Enki Bilal rapproche d’ailleurs sa bande dessinée d’un western se déroulant dans un futur proche, avec toute la cruauté et l’individualisme qui caractérisent le genre. Le récit est donc décousu, et franchement opaque durant le premier tiers. Puis l’univers se met en place, et le rythme lent de la narration nous entraîne dans la dérive de ces êtres perdus.
Le chemin vers la survie.
Au commencement d’Animal’z, il y a la volonté chez l’auteur de développer une thématique environnementale. L’humanité irresponsable court à sa perte en consommant plus qu’elle ne peut produire et en repoussant sans cesse l’échéance des changements sociétaux nécessaires pour assurer la durabilité du développement. Bilal veut démontrer ce postulat, mais il a choisi de ne rien expliquer du Coup de Sang pour s’attarder uniquement sur ses conséquences. Le lecteur comprend simplement que ce cataclysme a détruit toute organisation sociale ou politique, hormis le réseau d’informations détourné Drone Info. L’auteur nous plonge dans le spectacle de la barbarie humaine par l’intermédiaire de la famille cannibale qui garde le détroit.
L'homme et l'animal réunis ?
Derrière l’environnement, l’autre thème principal abordé par Animal’z est celui de la mutation, qui s’inscrit dans la trame de l’évolution de l’espèce humaine. Ici, la mutation est choisie et non subie, du moins pour certains personnages. Enki Bilal ne juge pas le concept. Il le présente même sous un angle positif puisque la mutation en mammifère marin permet à l’humanité d’accroître ses chances de survie. L’idée d’une amélioration par l’animal, alors que l’homme est considéré par définition comme l’animal le plus évolué, prend le concept à l’envers. La littérature de science-fiction a plutôt tendance à annoncer l’incorporation de technologies pour perfectionner nos corps et nos capacités intellectuelles. Alors, l’hybridation animale, prochaine étape de l’humanité ?

De prime abord, Animal’z s’illustre surtout graphiquement par la maîtrise visuelle d’Enki Bilal. Au fil des pages, le récit gagne en cohérence et en pertinence, pour nous conduire implicitement à une réflexion artistique et philosophique sur le désordre écologique de notre monde.

Animal’z vaut avant tout par son univers, qui marque le lecteur dès le premier regard. De grandes pages comprenant un nombre limité de cases, un arrière-plan bleu-gris glacé qui fige ce monde désolé. Quelques traits rouge orangé sur les visages de certains personnages et leurs assistants robotiques imposent le contraste avec le décor dans lequel ils évoluent. Enki Bilal a opté pour un dessin au fusain noir traité avec des pastels gras, et son coup de crayon offre à Animal’z une unité graphique très réussie. On peut citer d’emblée les deux duellistes philosophes comme les deux personnages les plus charismatiques de l’ouvrage, alors qu’ils évoluent en parallèle de l’histoire principale. Leur course poursuite sans relâche sur des croisements de chevaux et de zèbres, jalonnée de citations philosophiques pour illustrer chacune de leurs pensées apporte une touche d’absurde à Animal’z, jusqu’à l’affrontement final au pistolet.
Le graphisme d'Enki Bilal s'exprime dès les premières planches.Enki Bilal nous propulse dans un futur indéterminé. Seul repère temporel : le Coup de Sang. Une catastrophe climatique globale qui a ravagé la planète suite aux dérèglements causés par l’Homme. Le niveau des mers a monté, la fonte inexorable de la banquise a continué, l’eau potable s’est raréfiée, tout comme l’air pur. Beaucoup d’hommes sont morts. Ceux qui ont survécu doivent lutter pour atteindre les dernières terres habitables. Le Détroit D17 est un des passages vers ces oasis de survie. L’humanité doit s’adapter à son nouvel environnement hostile. Ferdinand Owles est le généticien dévoyé qui a découvert les mutations animales qui permettent aux hommes et femmes qui en ont les moyens de recourir à l’hybridation. Il a notamment combiné le génome humain avec celui du dauphin pour que l’homme puisse se déplacer dans l’eau. La quête de ces personnages, hybrides ou non, rappelle la longue marche désespérée des deux protagonistes de La Route de Cormac McCarthy.
"L'homme est une corde tendue entre l'animal et le surhumain.Une corde par dessus un abîme." (Nietzsche)
Enki Bilal a choisi d’esquisser ses personnages, sans rentrer dans de trop longues descriptions de leur origine et de leurs objectifs. L’émotion qu’ils véhiculent compte finalement plus que le sens de leur destinée, évoquée furtivement. La seule motivation de ces êtres déboussolés semble être la survie. Enki Bilal rapproche d’ailleurs sa bande dessinée d’un western se déroulant dans un futur proche, avec toute la cruauté et l’individualisme qui caractérisent le genre. Le récit est donc décousu, et franchement opaque durant le premier tiers. Puis l’univers se met en place, et le rythme lent de la narration nous entraîne dans la dérive de ces êtres perdus.
Le chemin vers la survie.Au commencement d’Animal’z, il y a la volonté chez l’auteur de développer une thématique environnementale. L’humanité irresponsable court à sa perte en consommant plus qu’elle ne peut produire et en repoussant sans cesse l’échéance des changements sociétaux nécessaires pour assurer la durabilité du développement. Bilal veut démontrer ce postulat, mais il a choisi de ne rien expliquer du Coup de Sang pour s’attarder uniquement sur ses conséquences. Le lecteur comprend simplement que ce cataclysme a détruit toute organisation sociale ou politique, hormis le réseau d’informations détourné Drone Info. L’auteur nous plonge dans le spectacle de la barbarie humaine par l’intermédiaire de la famille cannibale qui garde le détroit.
L'homme et l'animal réunis ?Derrière l’environnement, l’autre thème principal abordé par Animal’z est celui de la mutation, qui s’inscrit dans la trame de l’évolution de l’espèce humaine. Ici, la mutation est choisie et non subie, du moins pour certains personnages. Enki Bilal ne juge pas le concept. Il le présente même sous un angle positif puisque la mutation en mammifère marin permet à l’humanité d’accroître ses chances de survie. L’idée d’une amélioration par l’animal, alors que l’homme est considéré par définition comme l’animal le plus évolué, prend le concept à l’envers. La littérature de science-fiction a plutôt tendance à annoncer l’incorporation de technologies pour perfectionner nos corps et nos capacités intellectuelles. Alors, l’hybridation animale, prochaine étape de l’humanité ?

De prime abord, Animal’z s’illustre surtout graphiquement par la maîtrise visuelle d’Enki Bilal. Au fil des pages, le récit gagne en cohérence et en pertinence, pour nous conduire implicitement à une réflexion artistique et philosophique sur le désordre écologique de notre monde.
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