La magie opère toujours en Terre du Milieu
Roman publié à titre posthume et terminé par son fils Christopher, Les Enfants de Húrin est probablement la dernière occasion pour les amoureux de Tolkien de se replonger en Terre du Milieu. Ces ultimes pierres permettent-elles au plus grand monument de la fantasy moderne de s’élever encore un peu plus haut ?

Paru en 2007 en version anglaise, l’ouvrage reprend des extraits commencés dès les années 1920 par l’auteur du Seigneur des Anneaux. Le conte -inachevé jusqu’alors- des Enfants de Húrin (Narn i Chîn Húrin pour les puristes) était déjà partiellement connu, au travers de la publication des Contes et légendes inachevés et d’une évocation précise dans Le Silmarillion. Pour les fans les plus avertis, le conte aura donc un léger goût de déjà vu. Plusieurs années après avoir lu Le Silmarillion, j’avoue pour ma part avoir redécouvert avec grand bonheur le conte tragique des enfants de Húrin.
Les événements du conte se sont déroulés en Terre du Milieu lors du Premier Age, bien avant les aventures de Bilbo puis Frodon. Les Eldar et le ténébreux Morgoth se livraient une lutte sans merci. Húrin et son frère Huor étaient les descendants de Hador Tête d’Or, seigneur humain du Dor-lómin très proche des Elfes. Son union avec Morwen donna à Húrin trois enfants : Túrin, Urwen qui mourut dans l’enfance et, plus tard, Nienor, qui signifie le Deuil. Lors d’une embuscade menée par des Orques dans leur jeunesse, Húrin et Huor furent recueillis par le Roi Turgon, dans sa cité cachée de Gondolin, où aucun autre homme ne pénétra jamais. De retour parmi les leurs, ils virent l’ombre de Morgoth s’étendre.
L’affrontement était inévitable ; il donna lieu aux Nirnaeth Arnoediad, la Bataille des Larmes Innombrables. Les forces de Morgoth surpassèrent l’alliance des Elfes et des Hommes, mais Turgon parvint à s’échapper, fédérant désormais les derniers espoirs de tous les Noldor. Morgoth fit capturer et torturer Húrin, mais le vaillant héros ne révéla rien au sujet de l’emplacement de Gondolin. Pour avoir défié Morgoth, Húrin vit sa descendance frappée par une funeste malédiction qui poursuivra son fils Túrin et sa fille Nienor jusqu’au crépuscule de leur vie.
Voici un extrait tiré de la fin de la Bataille des Larmes Innombrables (très proche du récit relaté dans Le Silmarillion) qui témoigne du style incomparable de Tolkien et qui replace le conte dans les enjeux du Premier Age en Terre du Milieu :
Seul demeurait Húrin, le dernier de tous. Alors il jeta son bouclier, et saisit la hache d’un capitaine des Orques pour la brandir à deux mains ; et les chants disent que la hache fuma dans le sang noir des Trolls qui composaient la garde de Gothmog, jusqu’à l’anéantir, et qu’à chaque fois qu’il tuait, Húrin hurlait : « Aure entuluva ! Le jour reviendra ! » Soixante-dix fois, il lança ce cri ; mais il finirent par le prendre vivant, sur l’ordre de Morgoth, qui pensait ainsi lui causer plus de mal qu’en le tuant. Aussi les Orques se saisirent-ils de Húrin à mains nues, et les mains restaient accrochées à lui, alors qu’il les avait tranchées de leurs bras ; et ils étaient toujours plus nombreux, jusqu’à ensevelir Húrin sous leur nombre. Alors Gothmog l’enchaîna et le traîna sous les railleries jusqu’à Angband.
Ainsi prirent fin les Nirnaeth Arnoediad, tandis que le Soleil se couchait au-delà de la Mer. La nuit tomba sur le Hithlum, et une formidable tempête se leva, venue de l’ouest.
Grand était le triomphe de Morgoth, même si tous ses desseins maléfiques ne s’étaient pas encore accomplis. Une pensée le troublait profondément et l’inquiétude gâchait sa victoire : Turgon avait réchappé de ses filets, lui que parmi tous ses ennemis il avait le plus voulu capturer ou anéantir. Car Turgon, de la noble Maison de Fingolfin, était désormais de droit le Roi de tous les Noldor ; et Morgoth craignait et haïssait la Maison de Fingolfin, parce que ses membres l’avaient méprisé en Valinor et qu’ils avaient l’amitié d’Ulmo, son ennemi ; et aussi en raison des blessures que Fingolfin lui avait infligées lors de leur combat. Et plus que tout, Morgoth craignait Turgon, car lorsqu’en Valinor, bien longtemps auparavant, ses yeux s’étaient posés sur lui, une ombre ténébreuse avait fondu sur ses pensées, comme depuis elle le faisait à chaque fois qu’il s’approchait de lui, annonçant qu’un jour, encore caché par le destin, sa ruine viendrait de Turgon.
La majorité du conte se concentre par la suite sur le terrible destin de Túrin. Se cherchant une place parmi les Elfes et les Hommes après la disparition de son père, Túrin partit dans un premier temps auprès du Roi Thingol en Doriath. Il le quitta à l’âge adulte pour vivre parmi des forestiers hors-la-loi dont il prit la tête. Au gré de ses rencontres successives avec le vagabond Beleg à l’Arc de Fer, capitaine des gardes de Thingol, ou Mîm le Nain, Túrin s’aguerrit au combat et se forgea un caractère de chef dans un monde en guerre. Alors que Nienor connut elle aussi des épreuves difficiles et que la cité montagnarde de Nargothrond s’inclina à son tour face aux forces maléfiques, Túrin Turambar, portant le Heaume de Dragon de la Maison de Hador, se prépara à combattre Glaurung, le Roi dragon qui dirigeait les assauts des armées de Morgoth.
Sur le plan formel, Les Enfants de Húrin reprennent le style littéraire du Silmarillion, moins accessible que la narration de Bilbo le Hobbit par exemple. Certains n’apprécieront pas ; je me suis personnellement régalé une nouvelle fois devant l’œuvre de J.R.R. Tolkien. La traduction est de très bonne qualité puisque la lecture reste fluide et rend le roman accessible malgré la complexité de certaines tournures. S’il fallait un dernier argument, la très belle couverture d’Alan Lee convaincrait les plus réticents.

Les Enfants de Húrin bénéficie d’un équilibre parfait entre la rigueur classique des riches récits de J.R.R. Tolkien et l’accessibilité d’un conte court et dense. Christopher Tolkien a réussi à présenter une œuvre complète et cohérente à partir des extraits laissés par son père. L’amateur de fantasy ne saurait passer à côté de ce merveilleux récit.

Paru en 2007 en version anglaise, l’ouvrage reprend des extraits commencés dès les années 1920 par l’auteur du Seigneur des Anneaux. Le conte -inachevé jusqu’alors- des Enfants de Húrin (Narn i Chîn Húrin pour les puristes) était déjà partiellement connu, au travers de la publication des Contes et légendes inachevés et d’une évocation précise dans Le Silmarillion. Pour les fans les plus avertis, le conte aura donc un léger goût de déjà vu. Plusieurs années après avoir lu Le Silmarillion, j’avoue pour ma part avoir redécouvert avec grand bonheur le conte tragique des enfants de Húrin.
Les événements du conte se sont déroulés en Terre du Milieu lors du Premier Age, bien avant les aventures de Bilbo puis Frodon. Les Eldar et le ténébreux Morgoth se livraient une lutte sans merci. Húrin et son frère Huor étaient les descendants de Hador Tête d’Or, seigneur humain du Dor-lómin très proche des Elfes. Son union avec Morwen donna à Húrin trois enfants : Túrin, Urwen qui mourut dans l’enfance et, plus tard, Nienor, qui signifie le Deuil. Lors d’une embuscade menée par des Orques dans leur jeunesse, Húrin et Huor furent recueillis par le Roi Turgon, dans sa cité cachée de Gondolin, où aucun autre homme ne pénétra jamais. De retour parmi les leurs, ils virent l’ombre de Morgoth s’étendre.
L’affrontement était inévitable ; il donna lieu aux Nirnaeth Arnoediad, la Bataille des Larmes Innombrables. Les forces de Morgoth surpassèrent l’alliance des Elfes et des Hommes, mais Turgon parvint à s’échapper, fédérant désormais les derniers espoirs de tous les Noldor. Morgoth fit capturer et torturer Húrin, mais le vaillant héros ne révéla rien au sujet de l’emplacement de Gondolin. Pour avoir défié Morgoth, Húrin vit sa descendance frappée par une funeste malédiction qui poursuivra son fils Túrin et sa fille Nienor jusqu’au crépuscule de leur vie.
Voici un extrait tiré de la fin de la Bataille des Larmes Innombrables (très proche du récit relaté dans Le Silmarillion) qui témoigne du style incomparable de Tolkien et qui replace le conte dans les enjeux du Premier Age en Terre du Milieu :
Seul demeurait Húrin, le dernier de tous. Alors il jeta son bouclier, et saisit la hache d’un capitaine des Orques pour la brandir à deux mains ; et les chants disent que la hache fuma dans le sang noir des Trolls qui composaient la garde de Gothmog, jusqu’à l’anéantir, et qu’à chaque fois qu’il tuait, Húrin hurlait : « Aure entuluva ! Le jour reviendra ! » Soixante-dix fois, il lança ce cri ; mais il finirent par le prendre vivant, sur l’ordre de Morgoth, qui pensait ainsi lui causer plus de mal qu’en le tuant. Aussi les Orques se saisirent-ils de Húrin à mains nues, et les mains restaient accrochées à lui, alors qu’il les avait tranchées de leurs bras ; et ils étaient toujours plus nombreux, jusqu’à ensevelir Húrin sous leur nombre. Alors Gothmog l’enchaîna et le traîna sous les railleries jusqu’à Angband.
Ainsi prirent fin les Nirnaeth Arnoediad, tandis que le Soleil se couchait au-delà de la Mer. La nuit tomba sur le Hithlum, et une formidable tempête se leva, venue de l’ouest.
Grand était le triomphe de Morgoth, même si tous ses desseins maléfiques ne s’étaient pas encore accomplis. Une pensée le troublait profondément et l’inquiétude gâchait sa victoire : Turgon avait réchappé de ses filets, lui que parmi tous ses ennemis il avait le plus voulu capturer ou anéantir. Car Turgon, de la noble Maison de Fingolfin, était désormais de droit le Roi de tous les Noldor ; et Morgoth craignait et haïssait la Maison de Fingolfin, parce que ses membres l’avaient méprisé en Valinor et qu’ils avaient l’amitié d’Ulmo, son ennemi ; et aussi en raison des blessures que Fingolfin lui avait infligées lors de leur combat. Et plus que tout, Morgoth craignait Turgon, car lorsqu’en Valinor, bien longtemps auparavant, ses yeux s’étaient posés sur lui, une ombre ténébreuse avait fondu sur ses pensées, comme depuis elle le faisait à chaque fois qu’il s’approchait de lui, annonçant qu’un jour, encore caché par le destin, sa ruine viendrait de Turgon.
La majorité du conte se concentre par la suite sur le terrible destin de Túrin. Se cherchant une place parmi les Elfes et les Hommes après la disparition de son père, Túrin partit dans un premier temps auprès du Roi Thingol en Doriath. Il le quitta à l’âge adulte pour vivre parmi des forestiers hors-la-loi dont il prit la tête. Au gré de ses rencontres successives avec le vagabond Beleg à l’Arc de Fer, capitaine des gardes de Thingol, ou Mîm le Nain, Túrin s’aguerrit au combat et se forgea un caractère de chef dans un monde en guerre. Alors que Nienor connut elle aussi des épreuves difficiles et que la cité montagnarde de Nargothrond s’inclina à son tour face aux forces maléfiques, Túrin Turambar, portant le Heaume de Dragon de la Maison de Hador, se prépara à combattre Glaurung, le Roi dragon qui dirigeait les assauts des armées de Morgoth.
Sur le plan formel, Les Enfants de Húrin reprennent le style littéraire du Silmarillion, moins accessible que la narration de Bilbo le Hobbit par exemple. Certains n’apprécieront pas ; je me suis personnellement régalé une nouvelle fois devant l’œuvre de J.R.R. Tolkien. La traduction est de très bonne qualité puisque la lecture reste fluide et rend le roman accessible malgré la complexité de certaines tournures. S’il fallait un dernier argument, la très belle couverture d’Alan Lee convaincrait les plus réticents.

Les Enfants de Húrin bénéficie d’un équilibre parfait entre la rigueur classique des riches récits de J.R.R. Tolkien et l’accessibilité d’un conte court et dense. Christopher Tolkien a réussi à présenter une œuvre complète et cohérente à partir des extraits laissés par son père. L’amateur de fantasy ne saurait passer à côté de ce merveilleux récit.
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