Quand la science-fiction devient un vecteur politique de la tolérance

Publié le par Summer Ice

A l’image du film d’animation Numéro 9 réalisé par Shane Acker grâce au soutien de Tim Burton, District 9 n’aurait pas pu voir le jour sans l’aide de son producteur, Peter Jackson. En cet été 2009, faut-il voir dans la sortie concomitante de ces deux films rafraîchissants l’apparition d’une nouvelle tendance de l’industrie cinématographique hollywoodienne ? Comment le film de Neill Blomkamp, plébiscité par la critique, parvient-il à renouveler le cinéma d’anticipation sans renoncer à son contenu politique original ?


La belle histoire de District 9 a débuté en 2005 avec le court-métrage Alive in Joburg réalisé par Neill Blomkamp et produit par Sharlto Copley (l’acteur principal de District 9). Le contexte de la ségrégation raciale en Afrique du Sud était déjà présent. Le film plut à Peter Jackson. Après l’abandon du projet Halo que Neill Blomkamp devait réaliser, Peter Jackson décida de produire l’adaptation d’Alive in Joburg en long-métrage. Neill Blomkamp disposa alors d’un budget de trente millions de dollars pour réaliser son film, inspiré par les événements réels intervenus à partir de 1966 dans le District Six de la ville du Cap. La politique d’apartheid passa à l’époque par le déplacement de soixante mille noirs vers une nouvelle zone éloignée de vingt-cinq kilomètres.

Christopher Johnson, une Crevette plus intelligente que les autres...

Dans District 9, les noirs sont remplacés par les Crevettes, des extraterrestres dont le vaisseau s’est mystérieusement stationné au-dessus de Johannesburg depuis les années 1980, soit vingt ans avant les événements du film. La chute d’un module resté introuvable expliquerait l’immobilité du vaisseau, dans lequel les humains avaient découvert un million de créatures affamées. Le gouvernement avait regroupé les Crevettes dans le District 9, qui devientdra rapidement un ghetto invivable dominé par un chef nigérian et son gang mafieux. Cette séparation forcée et la montée des tensions ont suscité xénophobie et violence dans chaque communauté. Au début du XXIe siècle, l’organisation militaire privée des Multi-Nationales Unies (MNU), qui supplée l’action légale des gouvernements, décide de déplacer l’ensemble des aliens vers un nouveau camp de réfugiés situé à deux cent cinquante kilomètres.

La mutation de Wikus van der Merwe lui permet d'utiliser les armes extraterrestres.

Wikus van der Merwe, un employé de MNU un peu benêt, est chargé de prévenir les Crevettes de leur déménagement immédiat. Au cours d’une de ces visites dans le District 9, Wikus est aspergé par un fluide émanant d’une boîte cylindrique que l’alien surnommé Christopher Johnson tente de cacher aux humains. La nuit suivante, Wikus tombe malade et son hospitalisation révèle la transformation de son bras gauche en bras extraterrestre, capable d’interagir avec la technologie alien. Poursuivi par les soldats de MNU, Wikus part à la recherche de Christopher Johnson, qui lui révèle que le fluide est nécessaire pour faire décoller le module tombé du vaisseau vingt ans auparavant. Alors que Wikus souhaite arrêter sa mutation et retrouver sa vie normale, il doit s’allier avec Christopher Johnson et son fils dans leur quête du boîtier cylindrique capable de faire repartir leur vaisseau vers leur monde d’origine. Les soldats de MNU et le gang nigérian se dressent devant eux...

Contrairement à l'affiche française, ce sont les humains qui ne sont pas
les bienvenus dans le District 9 de l'affiche américaine !

Le succès de District 9 vient en partie de son originalité. Ce vent de nouveauté provient à la fois du scénario et de son cadre, de la réalisation et du choix d’acteurs méconnus dont le convaincant Sharlto Copley. Le contexte xénophobe et ségrégationniste rappelle naturellement l’histoire de l’Afrique du Sud, tout en la dépassant dans le cadre du racisme envers les aliens. Le film permet aussi de montrer les conditions sociales précaires des ghettos dans lesquels vivent encore des millions de Sud Africains. Le film est une parabole habile des tensions ethniques et politiques actuelles.
Le point le plus novateur de District 9 reste toutefois la mise en scène. Elle peut être découpée en trois phases distinctes : le premier tiers est filmé sous la forme d’un documentaire télévisé postérieur aux événements avec un retour sur l’histoire de Wikus van der Merwe à partir d’images de directs et de témoignages ; la seconde partie suit depuis les hélicoptères de MNU la traque de Wikus après sa contamination ; enfin le dernier tiers illustre les fantasmes du réalisateur avec des combats toujours plus violents, et une action omniprésente filmée à grand renfort d’effets spéciaux.


District 9 n’est pas parfait, mais il est suffisamment original et riche pour séduire dans les communautés d’amateurs de science-fiction et au-delà. On apprécie particulièrement la prise de risque sur l’intrigue, le choix du casting et la réalisation, qui dénote au milieu de grosses productions trop convenues. Au regard du succès public et critique du film de Neill Blomkamp, l’annonce d’une suite ne serait pas surprenante…
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