Mercredi 4 novembre 2009
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En 2002, le roman Carbone modifié (Altered Carbon) a révélé l’écrivain britannique Richard Morgan et a remporté le Philip K. Dick Award de la
meilleure nouvelle de science-fiction en 2003. Le succès de ce polar SF explosif vient du système de pile qui permet de sauvegarder sa conscience et de la télécharger dans une autre enveloppe
corporelle. Jusqu’où peut mener cette quête d’immortalité ?
Takeshi Kovacs est un ancien membre des Corps diplomatiques, la troupe d’élite qui permet au Protectorat des Nations unies de maintenir l’ordre sur toutes les planètes de la galaxie dans laquelle
l’humanité du XXVIe siècle a implanté ses colonies. Alors qu’il vient d’être tué une nouvelle fois sur Harlan, sa planète natale, Kovacs est réinjecté dans un nouveau corps à City Bay, sur la
vieille Terre. Un homme riche nommé Laurens Bancroft a souhaité que Kovacs enquête personnellement sur sa propre mort, survenue quelques heures plus tôt sans que sa pile ne soit réutilisable.
C’est donc grâce à une sauvegarde précédente que Bancroft revient à la vie. Sans souvenir de sa mort, il ne croit pas à la thèse de la police : pourquoi se serait-il suicidé alors qu’il possédait
des sauvegardes régulières de son esprit ? L’enquête de ce dur à cuire au cynisme ravageur peut commencer…
Dès les premières lignes, le lecteur est introduit dans l’univers cyberpunk de Richard Morgan :
Ressusciter n’est pas toujours facile.
Dans les Corps diplomatiques, ils vous apprennent à vous détendre avant le stockage. Passez au point mort et laissez-vous flotter.
C’est la leçon numéro un, et les instructeurs vous la martèlent dès le premier jour.
(...)
- Ceci est la déclaration d’un médecin certifiant que Takeshi Kovacs (humain digitalisé, h.d.) a été reçu intact de l’Administration
de la Justice de Harlan, et par la suite enveloppé dans ce corps. J’en suis le témoin direct ainsi que circuit vidéo interne. Une copie du disque contenant les détails de la transmission et les
données de la cuve est incluse. Signez la déclaration, s’il vous plait.
J’ai regardé en l’air et cherché en vain les caméras. Enfin, ça ne valait pas le coup de se faire suer. J’ai gribouillé ma signature
une seconde fois. (…)
- Bien, dit Sullivan. Vous avez de la chance, Kovacs. Ne gâchez pas cette opportunité.
Ils n’en ont pas marre de dire la même chose ? (…)
Vous avez de la chance, Kovacs. Ben voyons. A cent quatre-vingts années-lumière de chez moi, portant le corps d’un autre homme durant
six semaines de location. Transporté pour effectuer un travail que la police ne voulait pas toucher même avec une matraque électrique.
Je rate et je retourne au placard.
J’avais tant de chance que j’ai failli me mettre à chanter en poussant la porte.
Les trois points forts de Carbone modifié se dégagent dès cet extrait : l’idée de la résurrection grâce au carbone modifié, le suspense d’un roman policier qui ne s’éclaircira qu’à la
toute fin, et l’anti-héros marquant avec son humour noir et ses excès de violence. Le mélange est détonnant, et malgré l’opacité de l’intrigue pendant une bonne partie du roman, on prend du
plaisir à suivre Kovacs dans ses aventures. Vertige de l’immortalité, séparation de l’esprit et du corps, quête de l’amour réel, dérives des sociétés inégalitaires : les questions philosophiques
restent toujours présentes en arrière-plan, sans retarder l’action. Elles sont souvent traitées avec originalité, comme lorsque les Catholiques s’opposent à la volonté du procureur de City Bay de
ressusciter une femme morte en unité de stockage pour la faire témoigner dans une affaire importante. Pouvoir interroger la victime d’un meurtre après coup, ça aide ! Du moins pour les victimes
les plus riches, comme Laurens Bancroft, car les sauvegardes régulières et l’utilisation sur plusieurs siècles de nouvelles enveloppes corporelles (issues des corps de prisonniers condamnés !)
représente un coût important.
Carbone modifié est un excellent polar SF qui repose sur un bon
équilibre entre action, suspense, humour et réflexion sur cette humanité interstellaire violente, décadente et corrompue par le pouvoir de l’argent. Alors qu’une adaptation cinématographique est
envisagée, le lecteur peut retrouver Takeshi Kovacs dans deux autres romans, Anges déchus et Furies déchaînées.
Par Summer Ice
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Publié dans : Livres
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